# L’ANGE DÉCLENCHEUR

Dans le menu, une entrée, dénommée « la rue ».

J’y ai mis des photos d’étrangers, aucun proche. Dans la rue, il me semble assez inopportun de prendre en photo la femme, l’enfant, l’ami qui vous accompagne.

Votre appareil cogne sur votre poitrine, vous guettez l’apparition d’une scène, d’un personnage, d’une femme « belle comme le jour ». S’il vous arrive de photographier le proche qui vous accompagne, vous le prenez de dos, dans une belle démarche, une mèche au vent,à peine reconnaissable, évidemment jamais devant un monument. Je dis toujours qu’il faut choisir lorsque Brigitte Bardot est devant la Tour EiffeL, entre la femme et la Tour.

J’ai eu la chance d’être toujours accompagné, dans cette sorte de chasse dans la rue, par des personnes qui comprenaient que mon appareil ballotant sur mon corps, le mutisme et l’oeil l’emportaient sur le tout. J’attendais, un peu sot, un « miracle », une photo inédite, un extra-terrestre sur un éléphant qui surgit Place de la Concorde, par exemple.

On nomme, assez curieusement, par une fainéantise sémantique, les photographes qui cherchent des clichés de personnes et non de paysages ou d’architecture, des « humanistes », terme assez ridicule qui fait référence à la photographie des humains, un courant artistique qui a débuté en 1930, pour finir dans les anéées 60.

Une phortographie de l’être humain ordinaire dans son cadre de vie quotidien (rues de Paris, quartiers populaires, travail, loisirs, fêtes).

Les grandes figures du mouvement

  • Robert Doisneau (considéré comme une figure emblématique, célèbre notamment pour Le Baiser de l’hôtel de ville)
  • Willy Ronis
  • Henri Cartier-Bresson (thoricien de « l’instant décisif »)
  • Édouard Boubat
  • Izis (Israëlis Bidermanas)
  • Brassaï
  • Sabine Weiss (dont l’œuvre a fait l’objet d’hommages récents, notamment au Musée de la photographie Charles Nègre à Nice)

Évidemment, lorsque très jeune, j’ai tenté de bien photographier, je passais des heures à voir leurs photos, ce qui était assez difficile, à l’heure ou internet n’existait pas.

Puis, je suis passé à l’ange, ce qui fait toujours sourire lorsque j’emploie cette expression qui flirte avecl’irréalité. .

Mais, oui, oui, quelquefois, votre ange, doté, évidemment de tous les pouvoirs, y compris celui de photographe et, partant, du repérage d’un « instant décisif » (terme plat de l’infatué Cartier-Bresson) avant qu’il ne surgisse, vous fait un cadeau, sans que vous ne le sachiez vous-même. Il vous intime l’ordre, par un coup dans le thorax, là ou s’ébranle l’appareil, de vite se tenir prêt pour déclencher. Surréel.

Vous rentrez chez vous, vous regardez vos photos dans votre logiciel préféré et vous découvrez une photo que vous avez prise qui vient de l’on ne sait où.

C’est le cadeau de votre ange.

Ne croyez pas que j’affabule, je vous assure qu’il existe, votre ange. Il suffit de le secouer un peu pour qu’il apparaisse et vous aide. Ils dorment la plupart du temps. Son aide est rare et, dès lors, précieuse. Que vivent nos anges !

Je jivre ci-dessous mes cadeaux d’ange.

BOLOGNE

TOKYO

BUDAPEST

VALENCIA

LOS ANGELES

MADRID

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