{"id":474,"date":"2026-10-07T14:29:08","date_gmt":"2026-10-07T14:29:08","guid":{"rendered":"https:\/\/photomb.fr\/?p=474"},"modified":"2026-10-15T17:15:02","modified_gmt":"2026-10-15T17:15:02","slug":"la-belle-idee-du-voyage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/photomb.fr\/?p=474","title":{"rendered":"# MB, LA BELLE ID\u00c9E DU VOYAGE"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/photomb.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_19772-2-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-728\" srcset=\"https:\/\/photomb.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_19772-2-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/photomb.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_19772-2-300x200.jpg 300w, https:\/\/photomb.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_19772-2-768x512.jpg 768w, https:\/\/photomb.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_19772-2-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/photomb.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_19772-2-2048x1365.jpg 2048w, https:\/\/photomb.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_19772-2-1620x1080.jpg 1620w, https:\/\/photomb.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_19772-2-1200x800.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 709px) 85vw, (max-width: 909px) 67vw, (max-width: 1362px) 62vw, 840px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">ll y a exactement 48 h, un membre de ma famille me demande de lui envoyer quelques photos, \u00e0 encadrer dans son salon, se souvient de mon petit travail intitul\u00e9 <strong><em>\u201csous les images\u201d<\/em><\/strong> (qu\u2019on peut lire sur ce site par un clic dans le menu), me dit que ce serait \u201cchouette\u201d si je pouvais lui envoyer toutes les photos que je garderais dans un \u201c<em>grand tri\u201d<\/em>, ajoute que c\u2019est absolument \u201cg\u00e9nial\u201d tous ces voyages qui transparaissent dans ma collection, que si je pouvais introduire mon envoi de mes \u201cimpressions\u201d, \u00e7a serait encore plus \u201cextra\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Je crois qu\u2019il pensait \u00e0 mes impressions de Slov\u00e9nie, d\u2019Ukraine, de Lettonie ou mieux d\u2019Espagne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Je lui r\u00e9ponds que je vais m\u2019atteler \u00e0 <strong><em>un texte sur le voyage<\/em><\/strong>, une insomnie pouvant m\u2019aider \u00e0 le concocter rapidement. J\u2019ai senti sa d\u00e9ception. Il voulait mes \u201cimpressions\u201d sur une neige en bordure de mer baltique ou de bains publics \u00e0 Budapest.Et il sait d\u00e9j\u00e0, puisque je lui parle d\u2019un \u201ctexte\u201d que \u00e7a ne va pas \u00eatre \u00e7a. Il a raison. Au demeurant, il ne dit rien, sachant parfaitement que j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 d\u00e9cid\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">le voil\u00e0 donc qu\u2019il se trouve devant un texte presque th\u00e9orique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Je ne changerai jamais. Et c\u2019est tant mieux. Que ceux qui y voient forfanterie et vantardise passent leur chemin. Ils ne me connaissent pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\"><strong>Le voyage<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Imm\u00e9diatement, ceux qui veulent en remontrer et les autres qui s\u2019imaginent sinc\u00e8rement en accord avec la locution, citent la phrase de <strong>Claude L\u00e9vi-Strauss<\/strong>, paradoxale pour l\u2019ethnologue chercheur de mythes, s\u2019aventurant dans les contr\u00e9es lointaines, tropicales et arides&nbsp;: le fameux <em>\u00ab&nbsp;<strong>je hais les voyages<\/strong><\/em><strong>&nbsp;<\/strong>\u00bb, qui introduit donc son \u00ab&nbsp;<em>Tristes tropiques<\/em>&nbsp;\u00bb, son livre qui n\u2019est pas l\u2019un de ses meilleurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Tous l\u2019ont dans une biblioth\u00e8que, et pr\u00e9tendent avoir lu avec d\u00e9lice, sans pourtant (j\u2019ai pu, malicieusement, tester les faiseurs) s\u2019\u00eatre aventur\u00e9 au-del\u00e0 de la page 74. Ou peut-\u00eatre bien avant, ou plus souvent sans l\u2019avoir jamais ouvert.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Mais le titre est beau et le nom de L\u00e9vi-Strauss est aussi exotique que ses voyages ha\u00efssables.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Je me souviens que lorsque enfant, presque adolescent, j\u2019ai pu lire son nom, je posais la question du lien entre l\u2019anthro-je-ne-sais-quoi et le <strong><em>jean<\/em><\/strong> en tissu Denim (de N\u00eemes). Et puis, plus tard, devenu vrai adolescent, persuad\u00e9 de l\u2019excellence de la trouvaille, je disais que seul un mauvais <strong><em>djinn<\/em><\/strong> l\u2019amenait \u00e0 \u00e9crire qu\u2019il n\u2019aimait pas les voyages. Il faut savoir l\u2019idiotie du pr\u00e9tendant \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte et raisonn\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Donc le <em>\u00ab&nbsp;je hais les voyages&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">D\u2019autres, encore plus volontaires dans la clameur de leur \u00e9cart affirm\u00e9 d\u2019un vil pr\u00eat-\u00e0-penser, dans leur affirmation de la maitrise d\u2019une culture choisie, viennent citer l\u2019immense et triste <strong>Fernando Pessoa<\/strong>, immense parce que triste disent les petits chroniqueurs de num\u00e9ros sp\u00e9ciaux, hors-s\u00e9rie d\u2019hebdomadaires grand-public, l\u2019auteur des \u00ab&nbsp;Voyages immobiles&nbsp;\u00bb, qui \u00e9crit ailleurs, dans son livre-ma\u00eetre que&nbsp;: <strong><em>\u00ab&nbsp;la vie est ce que nous en faisons. Les voyages, ce sont les voyageurs eux-m\u00eames. Ce que nous voyons n\u2019est pas fait de ce que nous voyons mais de ce que nous sommes<\/em><\/strong> <em>\u00bb<\/em> Fernando Pessoa. Le Livre de l\u2019intranquillit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Ces deux ont raison.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Lorsque le souvenir de mes voyages surgit, le paysage, la beaut\u00e9 des lieux ne m\u2019envahit pas. Ni un quelconque sentiment extatique accroch\u00e9 \u00e0 un endroit, qui submergerait mon destin de voyageur inv\u00e9t\u00e9r\u00e9, \u00e9videmment intellectuel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Me viennent, simplement je l\u2019assure, exacerb\u00e9s ou ponctuels, une couleur, le go\u00fbt d\u2019un vin blanc sal\u00e9 et sec, celui d\u2019un agneau r\u00f4ti ou d\u2019une chaise longue confortable, les yeux fix\u00e9s sur un texte ou les oreilles gonfl\u00e9es d\u2019une bonne musique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Non, pas le Mus\u00e9e, ni le Monument, juste la placette, bord\u00e9e de maisons aux murs ocres et le banc ou des vieux silencieux attendent que le soleil se couche, pour pouvoir l\u2019imiter. Une placette qui aurait pu \u00eatre ailleurs et qui ne fait qu\u2019accompagner l\u2019instant que l\u2019on veut embellir. Non pas la for\u00eat ou le champ dans lequel des coquelicots viennent narguer le bl\u00e9 ou l\u2019herbe folle, mais \u00ab&nbsp;l\u2019impression&nbsp;\u00bb, au sens turn\u00e9rien (Turner) ou impressionniste (les peintres de la d\u00e9structuration de l\u2019imitation).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\"><strong>Pessoa a raison&nbsp;: mon voyage, c\u2019est<\/strong> <em><strong>moi<\/strong>,<\/em> ce que je suis dans l\u2019instant dans lequel mon corps se d\u00e9place. M\u00eame si l\u2019id\u00e9e du voyage, l\u2019excentration qui est le d\u00e9paysement peut le magnifier. <em>Ce n\u2019est pas le territoire qui fait le voyage mais, encore une fois l<strong>a conviction qu\u2019on est en voyage<\/strong><\/em><strong>.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Le m\u00eame champ n\u2019est pas le m\u00eame lorsqu\u2019on voyage en Espagne ou quand on est pr\u00e8s d\u2019Arpajon ou pr\u00e8s de chez soi, \u00e0 chercher un bon pain pour le d\u00e9jeuner. Et ce, alors qu\u2019il a exactement la m\u00eame superficie, le m\u00eame contenu (du bl\u00e9 dor\u00e9) et le m\u00eame li\u00e8vre qui y court. Au millim\u00e8tre pr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\"><em>Le voyage<\/em> bouleverse la donne, non pas par la d\u00e9couverte, mais, plus simplement, par <em>son id\u00e9e<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Donc je suis, s\u00fbrement, ce silencieux qui attend sur son banc, ce mur qui change de couleur au fil des heures qui passent, et, surtout, ce que je ne vois que trop&nbsp;: moi, dans la place, ladite placette qui est presque l\u2019Univers. Moi, au milieu de tout, au milieu ne rien, en r\u00e9alit\u00e9 <em>au milieu de moi<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Non, il ne faut pas voir dans cette certitude, un \u00e9gocentrisme exacerb\u00e9, une d\u00e9mesure de soi. C\u2019est m\u00eame le contraire&nbsp;: j<strong>e ne suis rien et, partant, nulle part<\/strong>, sauf dans ce moi qui me harc\u00e8le, qui ne me quitte pas, surtout quand il est un peu \u00e9branl\u00e9 par une quotidiennet\u00e9 qui n\u2019est pas celle qui le fait <em>s\u2019oublier<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Le voyage, et m\u00eame la marche dans son quartier, dans une for\u00eat pr\u00e9visible, <em>c\u2019est encore moi qui marche sans que le lieu importe<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Que ceux qui s\u2019extasient, en voyage (et peut-\u00eatre m\u00eame ailleurs) devant la nature qui les entourent, plus d\u2019une seconde, celle de l\u2019\u00e9merveillement du miracle de la vie, me regarde dans les yeux&nbsp;: ce sont des menteurs, des faiseurs qui substituent \u00e0 l\u2019ennui du moment qui succ\u00e8de \u00e0 l\u2019\u00e9blouissement, un discours assez t\u00e9l\u00e9phon\u00e9, fr\u00f4lant Nietzche, en le citant quelquefois, omettant la v\u00e9rit\u00e9 d\u2019une lourdeur mat\u00e9rielle du monde qui ne constitue sa beaut\u00e9 que dans l\u2019esprit d\u2019un sujet, un individu qui <em>la fabrique<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">La Beaut\u00e9 n\u2019existe pas en soi, elle n\u2019est, comme beaucoup l\u2019ont clam\u00e9, sans qu\u2019on ne les entende, que la construction d\u2019un <em>instant<\/em>, suivi par <em>un autre instant<\/em>, qui fait un amoncellement du temps qu\u2019on confond avec la conviction d\u2019une chose hors de soi, qui n\u2019est que celui de l\u2019homme projet\u00e9 sur terre. Non pas que la Terre ne soit qu\u2019illusion, tant sa r\u00e9alit\u00e9 se donne d\u2019embl\u00e9e, comme un poing sur une figure. Mais si elle existe dans son essence profonde, cr\u00e9ation, peut-\u00eatre, s\u00fbrement, d\u2019une force sup\u00e9rieure, elle ne se donne \u00e0 voir qu\u2019au travers du prisme ponctuel des mille milliards d\u2019\u2019hommes dont l\u2019on sait que les morts sont plus nombreux que les vivants. Et qui surnagent dans leurs moments.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">C\u2019est ce que je disais \u00e0 ceux, rares, que j\u2019avais au t\u00e9l\u00e9phone, pendant les \u00ab&nbsp;confinements&nbsp;\u00bb et qui se plaignaient de leurs sorties bloqu\u00e9es, de leur voyages remis, de leur \u00ab&nbsp;enfermement&nbsp;\u00bb&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Mais que vous manque-il&nbsp;? Un mus\u00e9e&nbsp;? Il est jouissif, en 3D, en ligne. Un magasin&nbsp;? On y \u00e9touffe, d\u00e8s qu\u2019on y entre et seule son id\u00e9e, le mot qui le supporte (le \u00ab&nbsp;magasin&nbsp;\u00bb) g\u00e9n\u00e8re son existence. Un th\u00e9\u00e2tre&nbsp;? Vous n\u2019y \u00eates all\u00e9 que deux fois en deux ans et vous vous \u00eates ennuy\u00e9s&nbsp;? Une balade&nbsp;? Vous y avez droit mais prenez, au vol, l\u2019excuse de la tristesse des masques pour, enfin, ne pas sortir et vous essouffler dans l\u2019air de chez vous que vous consid\u00e9rez malsain, alors qu\u2019il est chez vous et avec vous.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Le virus a \u00e9t\u00e9 un alibi, comme le voyage est un faux-semblant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Vos voyages, les confin\u00e9s tristes, c\u2019est, je le crois, du m\u00eame acabit&nbsp;: vous n\u2019en jouissez que de <em>l\u2019id\u00e9e<\/em> et la peur vous prend au ventre d\u00e8s que la pluie tombe sur un territoire inconnu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Le voyage, comme la sortie de chez soi (l\u2019appartement, la maison ou, mieux encore, sa pens\u00e9e) n\u2019est qu\u2019une <em>id\u00e9e du voyage<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">C\u2019est Aznavour qui a, parmi tous, raison. Venise est triste au temps des amours mortes. Inconsistance des lieux en soi, sans le serrement des sentiments.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Je r\u00e9p\u00e8te et r\u00e9p\u00e8te encore (la r\u00e9p\u00e9tition est comme un son de tambour qui vous rassure) : seule compte l\u2019id\u00e9e de l\u2019id\u00e9e du voyage, le \u201c<em>m\u00e9tavoyage\u201d (<\/em>un n\u00e9ologisme, \u00e9videmment<em>),<\/em> si l\u2019on veut, comme le <em>m\u00e9talangage<\/em> (discours sur le discours, mot qui chevauche le mot), qui ne se fabrique que dans la jouissance du sentiment. C\u2019est la seule chose vibrante, qui n\u2019est pas celle du lieu, encore une fois constitu\u00e9 en espace alors qu\u2019il ne s\u2019agit que d\u2019un alibi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Voyagez seul dans une ville apr\u00e8s l\u2019avoir arpent\u00e9 avec la femme que vous aimiez et vous comprendrez l\u2019inanit\u00e9 de l\u2019exclamation sur le voyage en soi. Il n\u2019est que pour soi, hors de lui et de sa mati\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">On peut, encore avec Chesterton, l\u2019\u00e9crivain anglais, que les malentendants confondent avec une mati\u00e8re collante lorsqu\u2019on prononce son nom, dire que&nbsp;: <em>Le voyageur voit ce qu\u2019il voit, le&nbsp;touriste&nbsp;voit ce qu\u2019il est venu voir\u201d.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Presque juste, presque faux&nbsp;: le voyageur ne voit rien d\u2019autre que lui, il ne voit m\u00eame pas ce qu\u2019il voit qui n\u2019est qu\u2019\u00e0 la mesure de ce qu\u2019il ressent, de son humeur&nbsp;: une mer bleue est grise par un chagrin d\u2019amour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">On peut encore pr\u00e9tendre, subjugu\u00e9 par la citation, parce qu\u2019il s\u2019agit de Proust (qui n\u2019est presque jamais sorti de son lit) que <strong>\u201c\u200b<\/strong><em>Le v\u00e9ritable voyage de d\u00e9couverte ne consiste pas \u00e0 chercher de nouveaux paysages, mais \u00e0 avoir de nouveaux yeux\u201d.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Esbroufe encore&nbsp;: qui peut avoir des nouveaux yeux&nbsp;? Peut-\u00eatre des revenants, m\u00e9moire d\u00e9truite dans un espace inconnu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\"><strong>Mes voyages, des photographies<\/strong>. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">J\u2019ai donc un peu voyag\u00e9. Jamais seul, ce qui change tout. Toujours, donc, depuis l\u2019\u00e2ge de 12 ans, un appareil photo qui cogne, par saccades, sur mon torse, au gr\u00e9 d\u2019une marche rapide qui cherche ce qu\u2019il faut cadrer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Avez-vous remarqu\u00e9 que la photographie est plus concentr\u00e9e, plus int\u00e9ressante, lorsqu\u2019on se trouve \u00e0 l\u2019\u00e9tranger&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Faites l\u2019exp\u00e9rience&nbsp;: sortez dans votre quartier, appareil en bandouli\u00e8re et visez. Vos photographies sont plates, mi\u00e8vres, inutiles. M\u00eame les logiciels de retouche, gav\u00e9s d\u2019intelligence artificielle, ne peuvent les embellir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Je crois avoir trouv\u00e9 pourquoi, en me trompant peut-\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Moi, photographe dans mes espaces quotidiens, je n\u2019ai pas chang\u00e9, je cherche la photo. Mais la rue, le ciel l\u2019immeuble et m\u00eame les passants sont inint\u00e9ressants et donc mal photographi\u00e9s pour une simple et morne raison&nbsp;: je ne suis pas en voyage et ne fabrique pas le voyage. Ce qui d\u00e9montre, s\u2019il en est encore besoin, que le voyage n\u2019est donc qu\u2019un leurre de soi, une fabrication de l\u2019esprit. L\u2019id\u00e9e du voyage fait donc le voyage. Et je suis certain que moscovite, je trouverais dans mon quartier des images sublimes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Ainsi, en voyage, je me crois en voyage, mon \u0153il qui n\u2019est encore que moi, trouve par cette illusion du voyage, toutes les illusions&nbsp;: celle que la photographie donne \u00e0 voir. Et la photo peut \u00eatre belle. Surtout, lorsqu\u2019un peu tricheur, on donne dans la l\u00e9gende un nom inconnu, celui qui fait r\u00eaver. M\u00eame le nom de \u00ab&nbsp;Paris&nbsp;\u00bb est autre chose que son nom sous une photographe. Au centre et en lettres majuscules.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Je termine ce qui n\u2019est qu\u2019une introduction \u00e0 la vision de mes photos et qui, \u00e0 l\u2019origine devait \u00eatre un petit essai sur le voyage et son illusion, agr\u00e9ment\u00e9, entre les lignes, de quelques photos d\u2019accompagnement du texte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">J\u2019ai aim\u00e9 ces lieux que j\u2019ai photographi\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Parce que j\u2019ai aim\u00e9 les instants qui g\u00e9n\u00e9raient un <em>d\u00e9clenchement<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Au risque de la lourde r\u00e9p\u00e9tition, j\u2019affirme encore que l\u2019espace n\u2019est rien sans le sentiment, que le lieu est du n\u00e9ant sans l\u2019instant qui le porte. Et que la nature n\u2019existe pas en soi, comme le monde. Il n\u2019est que terre sur lequel l\u2019on marche et magnifique parce qu\u2019<em>on<\/em> est magnifique dans l\u2019instant o\u00f9 <em>on<\/em> le trouve magnifique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Et si vous trouvez qu\u2019une de mes photos est \u00ab&nbsp;jolie&nbsp;\u00bb (le terme que les photographes d\u00e9testent), c\u2019est que mon instant \u00e9tait assez beau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">C\u2019est pour cela que j\u2019aime les voyages. Et peu importe le motif, m\u00eame s\u2019il est surann\u00e9, m\u00eame si le voyage n\u2019existe pas. Il est, le voyage, pas n\u00e9cessairement aux antipodes, comme un puit sans fond, rec\u00e9lant l\u2019infini dans lequel les instants potentiels plongent d\u00e9licieusement. Jusqu\u2019\u00e0 l\u2019infini, justement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">MB.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ll y a exactement 48 h, un membre de ma famille me demande de lui envoyer quelques photos, \u00e0 encadrer dans son salon, se souvient de mon petit travail intitul\u00e9 \u201csous les images\u201d (qu\u2019on peut lire sur ce site par un clic dans le menu), me dit que ce serait \u201cchouette\u201d si je pouvais lui &hellip; <a href=\"https:\/\/photomb.fr\/?p=474\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;# MB, LA BELLE ID\u00c9E DU VOYAGE&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[],"class_list":["post-474","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-think"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/photomb.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/474","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/photomb.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/photomb.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/photomb.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/photomb.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=474"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/photomb.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/474\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2640,"href":"https:\/\/photomb.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/474\/revisions\/2640"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/photomb.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=474"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/photomb.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=474"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/photomb.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=474"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}