{"id":2641,"date":"2026-10-15T16:56:56","date_gmt":"2026-10-15T16:56:56","guid":{"rendered":"https:\/\/photomb.fr\/?p=2641"},"modified":"2026-10-15T16:56:56","modified_gmt":"2026-10-15T16:56:56","slug":"walter-benjamin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/photomb.fr\/?p=2641","title":{"rendered":"# WALTER BENJAMIN"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\"><br>\u00a0\u00bb <em>Si l\u2019on se prom\u00e8ne \u00e0 Paris le dimanche et les jours f\u00e9ri\u00e9s, lorsque le temps est cl\u00e9ment, du c\u00f4t\u00e9 des grandes art\u00e8res de Montparnasse ou \u00e0 Montmartre, on rencontre \u00e7a et l\u00e0 des sortes de paravents, align\u00e9s les uns \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres ou bien dispos\u00e9s en petits labyrinthes, o\u00f9 sont accroch\u00e9s, pour \u00eatre vendus des tableaux. On trouve l\u00e0 les th\u00e8mes qu\u2019affectionne le bon ton : natures mortes, marines, nus, sc\u00e8nes de genre et int\u00e9rieurs. Le peintre affubl\u00e9 souvent dans un style romantique d\u2019un chapeau \u00e0 larges bords et d\u2019une veste de velours, s\u2019est install\u00e9 sur un petit pliant \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ses toiles. Son art s\u2019adresse aux familles bourgeoises en promenade, plus attir\u00e9es sans doute par sa pr\u00e9sence ou sa mise que par les tableaux expos\u00e9s. Mais ce serait vraisemblablement trop pr\u00eater au sens commercial de ces peintres si l\u2019on supposait leur pr\u00e9sence mise au service d\u2019un battage attirant les chalands.<\/em>3<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\"><em>Ce ne sont, bien entendu, pas ces peintres qui ont fait la vedette des grands d\u00e9bats r\u00e9cents sur la situation de la peinture. Ils n\u2019ont, en effet, de rapport avec la peinture en tant qu\u2019art que dans la seule mesure o\u00f9 leur production est de plus en plus destin\u00e9e \u00e0 un march\u00e9 au sens le plus g\u00e9n\u00e9ral. Les peintres arriv\u00e9s n\u2019ont, certes, pas besoin d\u2019\u00eatre pr\u00e9sents en personne sur le march\u00e9 ; ils ont leurs marchands et sont expos\u00e9s lors des Salons. Toujours est-il que leurs coll\u00e8gues camelots proposent encore autre chose que ce qu\u2019offre la peinture \u00e0 son niveau le plus bas ; ils r\u00e9v\u00e8lent \u00e0 quel point une activit\u00e9 qui ne r\u00e9clame qu\u2019un talent m\u00e9diocre, se promener avec des pinceaux et une palette, est devenue courante. Et c\u2019est dans cette mesure-l\u00e0 qu\u2019ils ont malgr\u00e9 tout pu figurer lors des d\u00e9bats que nous avons \u00e9voqu\u00e9s. C\u2019est \u00e0 eux qu\u2019Andr\u00e9 Lhote faisait allusion en disant : \u00abDe nos jours, toute personne qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la peinture se met, t\u00f4t ou tard \u00e0 en faire.(\u2026) Du jour o\u00f9 un amateur fait de la peinture, celle-ci cesse d\u2019exercer sur lui cette esp\u00e8ce de fascination quasi religieuse qu\u2019elle exerce sur le profane\u00bb. Si l\u2019on cherche une autre conception, celle d\u2019une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019on pouvait s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la peinture sans en venir \u00e0 cette seule id\u00e9e : se mettre soi m\u00eame \u00e0 peindre, on se retrouvera \u00e0 l\u2019\u00e9poque des corporations. Et, comme c\u2019est souvent le destin d\u2019un lib\u00e9ral \u2013 Lhote est, au meilleur sens du terme, un esprit lib\u00e9ral \u2013 que de voir un fasciste tirer les ultimes cons\u00e9quences de sa pens\u00e9e, on ne s\u2019\u00e9tonnera pas d\u2019entendre Alexandre Cingria d\u00e9clarer que la d\u00e9cadence a commenc\u00e9 avec la suppression du corporatisme, c\u2019est-\u00e0-dire avec la R\u00e9volution fran\u00e7aise. Apr\u00e8s la suppression des corporations, les artistes se seraient conduits, m\u00e9prisant toute discipline,\u00abcomme de v\u00e9ritables fauves\u00bb. Quant \u00e0 leur public, les bourgeois, \u00ablib\u00e9r\u00e9s en 1789 d\u2019un ordre b\u00e2ti politiquement sur les hi\u00e9rarchies et spirituellement sur la primaut\u00e9 des valeurs intellectuelles (\u2026), ils furent assez vite incapables de comprendre le pourquoi de la valeur de cet ordre de cr\u00e9ation \u00e0 la fois si d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9, mensonger, amoral et inutiles aux lois de l\u2019art\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\"><em>On pourra ainsi constater que le fascisme \u00e9tait bien pr\u00e9sent dans les d\u00e9bats du Congr\u00e8s de Venise. On ne pouvait manquer de s\u2019apercevoir que ces d\u00e9bats se d\u00e9roulaient en Italie, de m\u00eame qu\u2019il \u00e9tait sensible, lors du congr\u00e8s de Paris, que celle-ci avait eu lieu \u00e0 l\u2019instigation de la Maison de la Culture \u2013 voil\u00e0 pour le profil officiel de ces manifestations. \u00c0 examiner de plus pr\u00e8s les diff\u00e9rentes communications, on conviendra qu\u2019\u00e0 Venise (o\u00f9 certes la rencontre \u00e9tait internationale) les r\u00e9flexions sur la situation de l\u2019art \u00e9taient m\u00fbries et pertinentes, tandis qu\u2019\u00e0 Paris tous les congressistes ne sont pas parvenus \u00e0 maintenir le d\u00e9bat hors des sentiers battus. Il est toutefois significatif que deux des vedettes du congr\u00e8s de Venise, Lhote et Le Corbusier, prirent part celui de Paris et furent capables de se sentir tr\u00e8s \u00e0 l\u2019aise dans cette nouvelle ambiance. Le premier saisit l\u2019occasion de rappeler le Congr\u00e8s de Venise : \u00abNous f\u00fbmes soixante, r\u00e9unis (\u2026) pour t\u00e2cher de voir clair en ces questions, et il serait bien aventureux que l\u2019un de nous y ait r\u00e9ussi\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\"><em>Mais il est regrettable qu\u2019\u00e0 Venise l\u2019Union sovi\u00e9tique n\u2019ait pas \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e et que l\u2019Allemagne n\u2019ait eu qu\u2019un repr\u00e9sentant, m\u00eame si ce fut en la personne de Thomas Mann. On aurait pourtant tort de supposer que pour cette raison les positions les plus avanc\u00e9es n\u2019aient trouv\u00e9 aucun d\u00e9fenseur. Des Scandinaves, comme Johnny Roosval, des Autrichiens comme Hans Tietze, sans parler des deux Fran\u00e7ais dont nous avons parl\u00e9, s\u2019en sont fait, du moins pour une part, les porte-parole. \u00c0 Paris, c\u2019est de toute fa\u00e7on l\u2019avant-garde qui \u00e9tait au premier plan : compos\u00e9e \u00e0 parts \u00e9gales de peintres et d\u2019\u00e9crivains. On voulait ainsi insister sur la n\u00e9cessit\u00e9 pour la peinture de retrouver un contact r\u00e9el avec le langage \u00e9crit et parl\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\"><em>La th\u00e9orie de la peinture s\u2019est coup\u00e9e de la peinture pour devenir une discipline sp\u00e9cialis\u00e9e qui est d\u00e9sormais l\u2019objet de la critique d\u2019art. La raison de cette division du travail est \u00e0 chercher dans l\u2019effacement d\u2019une solidarit\u00e9 qui jadis s\u2019assurait le lien entre la peinture et les aspirations du public. Courbet fut sans doute le dernier peintre chez qui cette solidarit\u00e9 a pu s\u2019exprimer ; sa th\u00e9orie de la peinture ne r\u00e9pond pas seulement \u00e0 des probl\u00e8mes picturaux. Chez les impressionnistes, le jargon d\u2019atelier fit d\u00e9j\u00e0 reculer la th\u00e9orie proprement dite et, d\u00e8s lors, s\u2019amorce une constante \u00e9volution jusqu\u2019au point o\u00f9 un observateur bien inform\u00e9 et intelligent pouvait \u00eatre conduit \u00e0 la th\u00e8se selon laquelle la peinture \u00abest devenue une affaire totalement \u00e9sot\u00e9rique et qui ne rel\u00e8ve plus que du monde des mus\u00e9es, l\u2019int\u00e9r\u00eat pour elle et pour ses probl\u00e8mes n\u2019existe plus, elle est presque un reliquat d\u2019une p\u00e9riode pass\u00e9e. \u00catre devenu son esclave, c\u2019est un \u00e9chec personnel\u00bb. Pareille conception ob\u00e8re moins la peinture que la critique d\u2019art qui n\u2019est qu\u2019en apparence au service du public, car en fait elle sert le commerce. Elle n\u2019utilise aucun concept et n\u2019ob\u00e9it qu\u2019\u00e0 un jargon qui change d\u2019une saison \u00e0 l\u2019autre. Ce n\u2019est pas un hasard si le critique d\u2019art parisien dont l\u2019autorit\u00e9 est la plus d\u00e9terminante, Waldemar George, est intervenu \u00e0 Venise comme un tenant du fascisme. Son jargon de snob ne vaut que ce que dureront les formes actuelles du marche de l\u2019art. On comprend qu\u2019il en arrive \u00e0 attendre de la venue pr\u00e9tendue in\u00e9vitable d\u2019un \u00abF\u00fcrher\u00bb le salut de la peinture fran\u00e7aise. L\u2019int\u00e9r\u00eat du Congr\u00e8s de Venise r\u00e9side dans l\u2019effort de ceux qui ont su montrer, sans chercher \u00e0 la dissimuler, quelle crise la peinture traversait. C\u2019est le cas, en particulier de Lhote, et son constat : \u00abLa question du tableau utile est pos\u00e9e\u00bb nous indique o\u00f9 se situe le point crucial des d\u00e9bats. Lhote est \u00e0 la fois peintre et th\u00e9oricien. En tant que peintre, il est dans la lign\u00e9e de C\u00e9zanne, et son travail th\u00e9orique s\u2019effectue dans le cadre de la Nouvelle Revue Fran\u00e7aise. Il ne se situe nullement \u00e0 l\u2019extr\u00eame-gauche, et ce n\u2019est pas seulement l\u00e0 qu\u2019on a senti la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9fl\u00e9chir sur l\u2019\u00abutilit\u00e9\u00bb d\u2019un tableau. Sauf \u00e0 en pervertir le sens, cette notion ne peut s\u2019appliquer \u00e0 l\u2019utilit\u00e9 que rev\u00eat un tableau pour la peinture ou pour le plaisir esth\u00e9tique (au contraire, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment gr\u00e2ce \u00e0 cette notion qu\u2019on pourra d\u00e9cider de l\u2019utilit\u00e9 de la peinture et du plaisir esth\u00e9tique). Il est possible d\u2019ailleurs que l\u2019extension du concept d\u2019utilit\u00e9 soit trop restreinte. On se fermerait toute voie de recherche \u00e0 ne tenir compte que de l\u2019utilit\u00e9 imm\u00e9diate, celle que pr\u00e9sente le sujet d\u2019une \u0153uvre. L\u2019histoire montre que la peinture a pu assumer certaines fonctions sociales d\u2019ordre g\u00e9n\u00e9ral souvent en exer\u00e7ant des effets indirects. C\u2019est ce \u00e0 quoi fait allusion l\u2019historien de l\u2019art Tietze (de Vienne) lorsqu\u2019il d\u00e9finit ainsi l\u2019utilit\u00e9 d\u2019un tableau : \u00abL\u2019art fait comprendre la r\u00e9alit\u00e9 (\u2026) Les premiers artistes qui impos\u00e8rent les premi\u00e8res conventions \u00e0 la perception visuelle rendirent \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 un service semblable \u00e0 celui qu\u2019elle doit aux g\u00e9nies pr\u00e9historiques qui form\u00e8rent les premi\u00e8res paroles\u00bb. Lhote poursuit la m\u00eame id\u00e9e, mais \u00e0 travers les temps historiques ; il remarque que l\u2019apparition de chaque technique nouvelle s\u2019accompagne d\u2019une nouvelle conception de l\u2019optique qui en constitue l\u2019arri\u00e8re-plan : \u00abVous connaissez les d\u00e9lires qui pr\u00e9sid\u00e8rent \u00e0 l\u2019invention de la perspective, qui est la d\u00e9couverte capitale de la Renaissance. Paolo Ucello, qui en d\u00e9couvrait d\u00e9j\u00e0 les lois, r\u00e9veillait sa femme la nuit, n\u2019y tenant plus d\u2019enthousiasme, pour l\u2019entretenir de la merveilleuse nouveaut\u00e9. Je pourrais symboliser les diff\u00e9rents stades de l\u2019\u00e9volution de la vision, des primitifs \u00e0 nos jours, par l\u2019exemple caricatural d\u2019une simple assiette. Le primitif l\u2019e\u00fbt repr\u00e9sent\u00e9e, comme l\u2019enfant, par un cercle, le Renaissant par un ovale, le moderne, incarn\u00e9 par C\u00e9zanne (\u2026), par une figure extr\u00eamement compliqu\u00e9e que vous pourrez imaginer \u00e0 peu pr\u00e8s en aplatissant la partie inf\u00e9rieure de l\u2019ovale, et en gonflant l\u2019un de ses c\u00f4t\u00e9s\u00bb. Si l\u2019utilit\u00e9 de telles d\u00e9couvertes picturales \u2013 et l\u2019on pourrait peut-\u00eatre en faire l\u2019objection \u2013 n\u2019est pas \u00e0 porter au cr\u00e9dit de la perception, mais seulement \u00e0 celui de sa reproduction plus ou moins fid\u00e8le, c\u2019est alors dans des domaines ext\u00e9rieurs \u00e0 l\u2019art que cette utilit\u00e9 se confirmera d\u2019elle-m\u00eame. Ce type de reproduction, en effet, influence le niveau de production et de culture d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 par le biais de nombreux canaux : le dessin publicitaire, les r\u00e9clames, l\u2019imagerie populaire, l\u2019illustration scientifique.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\"><em>La notion d\u2019utilit\u00e9 d\u2019un tableau, dont on peut ainsi \u00e9tablir une conception \u00e9l\u00e9mentaire, s\u2019est trouv\u00e9e consid\u00e9rablement \u00e9largie par la photographie, et cette extension correspond au statut actuel de cette notion. Aujourd\u2019hui, le point nodal de la controverse r\u00e9side dans l\u2019effort qu\u2019elle fait pour expliquer quel rapport la photographie \u2013 que la discussion int\u00e8gre \u00e0 son analyse \u2013 entretient avec la peinture. Si cet effort n\u2019a pas eu lieu \u00e0 Venise, Aragon a t\u00e2ch\u00e9, au Congr\u00e8s de Paris, de rattraper ce qui avait \u00e9t\u00e9 n\u00e9glig\u00e9 ; et cela demandait comme il le dit plus tard, une certaine audace. Une partie des peintres pr\u00e9sents \u00e0 Paris ont, en effet, ressenti comme une offense l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9tayer certaines r\u00e9flexions touchant l\u2019histoire de la peinture gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019histoire de la photographie. \u00abImagine-t-on, conclut Aragon, un physicien qui se f\u00e2cherait qu\u2019on lui parl\u00e2t de chimie ?\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\"><em>Les recherches sur l\u2019histoire de la photographie ont commenc\u00e9 il y a huit ou dix ans. Nous disposons d\u2019un certain nombre de travaux illustr\u00e9s pour la plupart, qui traitent des d\u00e9buts de la photographie ou qui sont consacr\u00e9s \u00e0 ses premiers ma\u00eetres. C\u2019est pourtant le fait d\u2019un tout r\u00e9cent ouvrage que d\u2019avoir le premier trait\u00e9 son sujet en rapport avec l\u2019histoire de la peinture. Cette recherche s\u2019est inspir\u00e9e du mat\u00e9rialisme dialectique et confirme \u00e0 nouveau la grande originalit\u00e9 des perspectives ouvertes par cette m\u00e9thode. L\u2019\u00e9tude de Gis\u00e8le Freund, La photographie en France au XIX\u00e8 si\u00e8cle, explique l\u2019apparition de la photographie en rapport avec la mont\u00e9e de la bourgeoisie et illustre ce rapport d\u2019une fa\u00e7on particuli\u00e8rement bien justifi\u00e9e en prenant pour exemple l\u2019histoire du portrait. Partant de la technique du portrait la plus r\u00e9pandue sous l\u2019Ancien R\u00e9gime, les co\u00fbteuses miniatures sur ivoire, l\u2019auteur passe en revue les diff\u00e9rents proc\u00e9d\u00e9s qui, vers 1870, c\u2019est-\u00e0-dire soixante ans avant l\u2019invention de la photographie, permettaient d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer et de rendre meilleur march\u00e9 la production des portraits, et ainsi d\u2019en \u00e9tendre la consommation. La description que G. Freund donne du physionotrace, technique interm\u00e9diaire entre la miniature et la photographie, a valeur de d\u00e9couverte. L\u2019auteur montre ensuite comment, c\u2019est avec la photographie que cette \u00e9volution technique atteint un niveau congruent \u00e0 l\u2019\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9, puisqu\u2019elle met le portrait \u00e0 la port\u00e9e des couches plus larges de la bourgeoisie. Elle montre bien comment, parmi les peintres, ce sont les miniaturistes qui ont \u00e9t\u00e9 les premi\u00e8res victimes de la photographie. Elle rend compte pour finir de la discussion th\u00e9orique opposant peinture et photographie, et qui d\u00e9buta vers le milieu du XIX\u00e8 si\u00e8cle.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\"><em>Sur le terrain de la th\u00e9orie, cette controverse s\u2019est essentiellement attach\u00e9e \u00e0 la question de savoir si la photographie \u00e9tait un art. L\u2019auteur souligne la particularit\u00e9 du contexte que met en lumi\u00e8re la r\u00e9ponse \u00e0 ce probl\u00e8me : elle d\u00e9montre que le niveau artistique d\u2019un bon nombre des premiers photographes \u00e9tait tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 et qu\u2019ils travaillaient sans pr\u00e9tention proprement artistique, ne destinant leurs \u0153uvres qu\u2019\u00e0 un cercle d\u2019amis restreints. \u00abCette pr\u00e9tention \u00e0 l\u2019art, c\u2019\u00e9taient les commer\u00e7ants de la photographie qui la manifestaient\u00bb. En d\u2019autres termes : la pr\u00e9tention de la photographie \u00e0 \u00eatre un art est contemporaine de son apparition sur le march\u00e9 en tant que marchandise.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\"><em>Cette probl\u00e9matique ob\u00e9it \u00e0 une ironie proprement dialectique : le proc\u00e9d\u00e9, qui \u00e9tait par la suite destin\u00e9 \u00e0 remettre en question la notion d\u2019\u0153uvre d\u2019art, puisqu\u2019en la reproduisant il en acc\u00e9l\u00e9rait la transformation en marchandise, se d\u00e9finit d\u2019abord comme technique artistique. L\u2019\u00e9tape suivante de cette \u00e9volution commence avec Disd\u00e9ri qui avait compris que la photographie \u00e9tait une marchandise comme tous les autres produits de notre soci\u00e9t\u00e9 (le tableau lui aussi est une marchandise). D\u2019autre part, Disd\u00e9ri a su deviner quels services la photographie \u00e9tait en mesure de rendre \u00e0 l\u2019\u00e9conomie marchande : il fut le premier \u00e0 utiliser cette technique pour lancer sur le march\u00e9 des produits qui avaient \u00e9t\u00e9 plus ou moins soustraits aux \u00e9changes \u2013 et, en premier lieu, les \u0153uvres d\u2019art. Disd\u00e9ri eut l\u2019astuce de se faire accorder par l\u2019\u00c9tat le monopole de la reproduction des \u0153uvres rassembl\u00e9es au Louvre. Et depuis, la photographie a commercialis\u00e9 en quantit\u00e9 croissante ses emprunts au domaine de la perception visuelle ; elle s\u2019est empar\u00e9e d\u2019objets qu\u2019elle a fait entrer dans le circuit des \u00e9changes et qui, autrefois, n\u2019auraient jamais pu y trouver place.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\"><em>Mais cette \u00e9volution sort d\u00e9j\u00e0 du cadre que Gis\u00e8le Freund s\u2019est imparti. Elle s\u2019est essentiellement cantonn\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 la photographie entame sa recherche triomphale : l\u2019\u00e9poque du\u00a0juste milieu. L\u2019auteur s\u2019attache \u00e0 en d\u00e9finir les positions esth\u00e9tiques, et son expos\u00e9 d\u00e9passe la simple anecdote lorsqu\u2019elle nous explique que l\u2019un des ma\u00eetres respect\u00e9s de cette p\u00e9riode consid\u00e9rait l\u2019exactitude dans la reproduction des \u00e9cailles de poisson comme l\u2019un des sommets de la peinture. Cette \u00e9cole a vu son id\u00e9al r\u00e9alis\u00e9 du jour au lendemain par la photographie ; ce dont t\u00e9moigne non sans na\u00efvet\u00e9, un peintre de cette \u00e9poque, Auguste Gallimard, dans un compte-rendu sur les tableaux de Meissonier :\u00a0\u00abNous serons de l\u2019avis du public en admirant encore (\u2026) l\u2019artiste d\u00e9licat qui a produit tant de chefs d\u2019\u0153uvre microscopiques, et qui (\u2026) s\u2019est manifest\u00e9 cette ann\u00e9e par une peinture pouvant lutter de finesse avec les \u00e9preuves dagu\u00e9riennes.\u00bb La peinture du juste milieu semblait n\u2019attendre que d\u2019\u00eatre prise en remorque par la photographie ; il n\u2019est donc pas \u00e9tonnant qu\u2019elle n\u2019ait rien pr\u00e9sag\u00e9, en tous cas rien de bon, du d\u00e9veloppement de l\u2019artisanat photographique. Et lorsque celui-ci s\u2019est trouv\u00e9 sous son empire, certains photographes ont tent\u00e9 d\u2019imiter, en rassemblant des d\u00e9cors dans leur atelier et en y convoquant des figurants, les peintres de sc\u00e8nes historiques qui, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, avaient \u00e0 la demande de Louis-Philippe couvert de leurs fresques Versailles. C\u2019est sans la moindre h\u00e9sitation qu\u2019on photographiait le sculpteur Callimaque inventant le chapiteau corinthien \u00e0 la vue d\u2019une feuille d\u2019acanthe ; on mettait en sc\u00e8ne \u00abL\u00e9onard de Vinci\u00bb peignant \u00abMona Lisa\u00bb, et on photographiait la sc\u00e8ne.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\"><em>La peinture du juste milieu trouva un adversaire en la personne de Courbet avec qui, pour un temps,, le rapport entre photographie et peinture s\u2019est invers\u00e9. Son c\u00e9l\u00e8bre tableau La Vague, \u00e9quivaut \u00e0 la d\u00e9couverte d\u2019un th\u00e8me photog\u00e9nique par la peinture. On ne connaissait pas encore \u00e0 cette \u00e9poque le gros plan ni l\u2019instantan\u00e9 ; et la peinture de Courbet ouvre la voie \u00e0 ces proc\u00e9d\u00e9s en explorant un nouveau monde de formes et de proportions qu\u2019on ne sera capable de fixer sur les plaques que plus tard.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\"><em>Si Courbet occupe une place toute particuli\u00e8re, c\u2019est qu\u2019il fut le dernier \u00e0 tenter de d\u00e9passer la photographie. Apr\u00e8s lui, les peintres cherch\u00e8rent \u00e0 y \u00e9chapper, et tout d\u2019abord les impressionnistes. Une fois peint, le tableau \u00e9chappe au b\u00e2ti de l\u2019esquisse dessin\u00e9e et ainsi se d\u00e9robe, dans une certaine mesure, \u00e0 la concurrence de l\u2019appareil photographique. La preuve par exemple en est qu\u2019au tournant du si\u00e8cle la photographie a cherch\u00e9 de son c\u00f4t\u00e9 \u00e0 imiter les impressionnistes : elle s\u2019est mise \u00e0 employer l\u2019impression \u00e0 l\u2019aniline, et l\u2019on sait \u00e0 quel point ce proc\u00e9d\u00e9 a pu la perdre. Aragon a s\u00e9v\u00e8rement analys\u00e9 cette situation : \u00abLes peintres (\u2026) ont vu dans l\u2019appareil photographique un concurrent. (\u2026) Ils ont cherch\u00e9 \u00e0 ne pas faire comme lui. C\u2019\u00e9tait leur grande id\u00e9e. Cette m\u00e9connaissance d\u2019une acquisition humaine (\u2026) devait tout naturellement les conduire (\u2026) \u00e0 une fa\u00e7on r\u00e9actionnaire de se comporter. Les peintres sont devenus, \u00e0 proportion m\u00eame de leurs talents, (\u2026) de v\u00e9ritables ignorantins\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\"><em>Les questions laiss\u00e9es de c\u00f4t\u00e9 par la r\u00e9cente histoire de la peinture, Aragon les a trait\u00e9es en 1930 dans un essai intitul\u00e9 La peinture au d\u00e9fi \u2013 le d\u00e9fi, c\u2019est la photographie. Cet essai concerne le changement d\u2019attitude qui a conduit la peinture \u00e0 ne plus tourner le dos \u00e0 la photographie, alors qu\u2019elle \u00e9vitait jusque-l\u00e0 de s\u2019y mesurer. Aragon explique comment la peinture a op\u00e9r\u00e9 ce revirement en se r\u00e9f\u00e9rant aux travaux de ses anciens amis surr\u00e9alistes qui avaient exp\u00e9riment\u00e9 diff\u00e9rents proc\u00e9d\u00e9s : \u00abL\u2019\u00e9l\u00e9ment photographique \u00e9tait coll\u00e9 dans un dessin ou dans une peinture ; l\u2019\u00ab\u00e9l\u00e9ment dessin\u00e9 ou peint \u00e9tait surajout\u00e9 \u00e0 une photographie\u00bb. Aragon \u00e9num\u00e8re d\u2019autres techniques, celle, par exemple, qui consiste \u00e0 utiliser des reproductions auxquelles,par d\u00e9coupage, on donne une forme qui n\u2019a rien \u00e0 voir avec ce qu\u2019elles repr\u00e9sentent (on peut ainsi d\u00e9couper une locomotive dans une photo qui repr\u00e9sente une rose). Aragon a cru que ce proc\u00e9d\u00e9, o\u00f9 l\u2019on reconna\u00eet l\u2019influence du dada\u00efsme, serait la caution suffisante de l\u2019\u00e9nergie r\u00e9volutionnaire propre au nouvel art qu\u2019il oppose \u00e0 l\u2019art traditionnel : \u00abLa peinture tourne au confortable, flatte l\u2019homme de go\u00fbt qui l\u2019a pay\u00e9e, elle est luxueuse. Or voici qu\u2019il est possible aux peintres de s\u2019affranchir de cette domestication par l\u2019argent. Le collage est pauvre. longtemps encore on en niera la valeur\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\"><em>Mais c\u2019\u00e9tait en 1930 et, aujourd\u2019hui, Aragon n\u2019\u00e9crirait plus ces phrases. En cherchant \u00e0 ma\u00eetriser \u00abde mani\u00e8re artistique\u00bb la photographie, les surr\u00e9alistes sont tomb\u00e9s \u00e0 faux. Ils ont commis la m\u00eame erreur que ceux des photographes qui font de la photographie appliqu\u00e9e, et dont le credo conformiste s\u2019exprime dans le titre que Renger-Patsch a donn\u00e9 \u00e0 son c\u00e9l\u00e8bre recueil de photos. Die Welt ist sch\u00f6n. Ils n\u2019ont pas su reconna\u00eetre la force d\u2019impact social de la photographie, et n\u2019ont pas compris l\u2019importance du titre ou du texte qui accompagne les photos et provoque l\u2019\u00e9tincelle critique propre \u00e0 un montage photographique ou \u00e0 une s\u00e9rie d\u2019images (ce dont Heartfield nous donne le meilleur exemple). Aragon s\u2019est pour finir int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 John Heartfield ; par ailleurs, il a, lui aussi, cherch\u00e9 \u00e0 souligner dans la photographie son aspect proprement critique. Aujourd\u2019hui Aragon reconna\u00eet cet \u00e9l\u00e9ment jusque dans l\u2019\u0153uvre de caract\u00e8re apparemment formaliste d\u2019un virtuose de l\u2019objectif comme Man Ray. Lors du Congr\u00e8s de Paris, Aragon d\u00e9clara qu\u2019avec Man Ray la photographie avait r\u00e9ussi \u00e0 reproduire le style pictural des peintres les plus modernes : \u00abQui ne conna\u00eetrait pas les peintres auxquels il (Man Ray) fait allusion n\u2019appr\u00e9cierait pas pleinement ses r\u00e9ussites\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\"><em>Quitterons nous cette histoire, riche de ses tensions, de la rencontre entre peinture et photographie sur cette aimable formule que Lhote nous tient pr\u00eate qu\u2019il nous \u00e9tait possible de prendre ainsi cong\u00e9 ? Il lui semble indiscutable \u00abque la fameuse substitution de la photographie \u00e0 la peinture, dont on a tant parl\u00e9, puisse s\u2019op\u00e9rer pour exp\u00e9dier, si j\u2019ose dire, les affaires courantes (\u2026) afin qu\u2019il reste \u00e0 la peinture, le myst\u00e9rieux domaine de l\u2019homme pur, \u00e9ternellement inaccessible\u00bb. Malhreuseusement, cette conception n\u2019est qu\u2019un pi\u00e8ge qui se referme dans le dos du penseur lib\u00e9ral et le livre pieds et poings li\u00e9s au fascisme. Combien plus per\u00e7ant, le regard d\u2019Antoine Wiertz, frustre peintre engag\u00e9, qui, il y a bient\u00f4t un si\u00e8cle, \u00e9crivait \u00e0 l\u2019occasion de la premi\u00e8re exposition mondiale de la photographie : \u00abIl nous est n\u00e9, depuis peu d\u2019ann\u00e9es, une machine, l\u2019honneur de notre \u00e9poque, qui, chaque jour, \u00e9tonne notre pens\u00e9e et effraie nos yeux. Cette machine, avant un si\u00e8cle, sera le pinceau, la palette, les couleurs, l\u2019adresse, l\u2019habitude, la patience, le coup d\u2019\u0153il, la touche, la p\u00e2te, le glacis, la ficelle, le model\u00e9, le fini, le rendu. (\u2026) Qu\u2019on ne pense pas que le daguerr\u00e9otype tue l\u2019art. (\u2026) Quand le daguerr\u00e9otype, cet enfant g\u00e9ant, aura atteint l\u2019\u00e2ge de m\u00e2turit\u00e9, quand toute sa force, toute sa puissance se seront d\u00e9velopp\u00e9es, alors le g\u00e9nie de l\u2019art lui mettra la main au collet et s\u2019\u00e9criera : \u00ab\u00c0 moi ! Tu es \u00e0 moi maintenant ! Nous allons travailler ensemble \u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\"><em>Si l\u2019on a devant soi les grands tableaux de Wiertz, on comprendra que le g\u00e9nie dont il parle est un g\u00e9nie politique. Selon lui, c\u2019est l\u2019\u00e9clair d\u2019une grande inspiration sociale qui op\u00e8rera n\u00e9cessairement la fusion de la peinture et de la photographie. Cette proph\u00e9tie n\u2019est pas sans rec\u00e9ler une v\u00e9rit\u00e9, \u00e0 ceci pr\u00e8s qu\u2019une telle fusion ne s\u2019est pas r\u00e9alis\u00e9e dans des \u0153uvres, mais chez de grands ma\u00eetres. Ils sont de la m\u00eame g\u00e9n\u00e9ration qu\u2019un Heartfield, et c\u2019est par l\u2019entremise de la politique que, de peintres, ils sont devenus photographes.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\"><em>Cette g\u00e9n\u00e9ration a produit des peintres comme George Grosz ou Otto Dix, qui ont travaill\u00e9 pour parvenir au m\u00eame but. La peinture n\u2019a pas perdu sa fonction ; il suffit de ne pas s\u2019autoriser \u00e0 la perdre de vue, comme le fait pourtant un Christian Gaillard, par exemple, : \u00abPour que les drames sociaux aient une place dans le sujet de mes toiles, il faudrait que je puisse en \u00eatre visuellement impressionn\u00e9\u00bb. Voil\u00e0 une formulation qui r\u00e9sonne de mani\u00e8re fort \u00e9quivoque lorsqu\u2019il s\u2019agit des \u00c9tats fascistes actuels dans les villes et les villages desquels r\u00e8gnent \u00abl\u2019ordre et le calme\u00bb. Christian Gaillard ne devrait-il pas faire l\u2019exp\u00e9rience du processus inverse ? N\u2019est ce pas la mani\u00e8re dont il est socialement influenc\u00e9 qui se transposera dans son inspiration visuelle ? C\u2019est ce qui a fait les grands caricaturistes dont le sens politique \u00e9tait tout aussi profond\u00e9ment inscrit dans leurs perceptions des physionomies que le sont les exp\u00e9riences du toucher dans la mani\u00e8re de percevoir l\u2019espace. Des ma\u00eetres tels que Bosch, Hogarth, Goya et Daumier ont su ouvrir cette dimension nouvelle. \u00abParmi les \u0153uvres les plus importantes en peinture, \u00e9crit Ren\u00e9 Crevel, mort r\u00e9cemment, il faut compter, il a toujours fallu compter celles qui, du fait m\u00eame qu\u2019elles constataient une d\u00e9composition, requ\u00e9raient contre ses responsables, non sans d\u2019ailleurs r\u00e9pandre sur la pr\u00e9sente d\u00e9composition les phosphorescentes promesses d\u2019une germination future. De Gr\u00fcnewald \u00e0 Dali, du Christ pourri \u00e0 l\u2019\u00e2ne pourri (\u2026) la peinture a su trouver (\u2026) des v\u00e9rit\u00e9s nouvelles qui n\u2019\u00e9taient pas seulement d\u2019ordre pictural\u00bb. Par nature, la situation de la culture dans les pays ouest-europ\u00e9ens implique que la peinture exerce une activit\u00e9 destructrice, purificatrice, pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 o\u00f9 souverainement d\u00e9tach\u00e9e du reste, elle s\u2019attache \u00e0 r\u00e9soudre des probl\u00e8mes purement picturaux. Dans un pays o\u00f9 r\u00e8gnent encore certaines libert\u00e9s d\u00e9mocratiques, cela n\u2019appara\u00eet sans doute pas aussi nettement que dans un \u00c9tat o\u00f9 le fascisme tient la barre. Car l\u00e0-bas, il y a des peintres \u00e0 qui l\u2019on interdit de peindre ; c\u2019est la plupart du temps leur style, et rarement leurs sujets, qui leur a valu cette interdiction, tant le fascisme est \u00e9branl\u00e9 par leur mani\u00e8re de voir la r\u00e9alit\u00e9. La police descend chez ces peintres pour contr\u00f4ler qu\u2019ils n\u2019aient rien peint depuis la derni\u00e8re razzia. Ces artistes se mettent au travail la nuit apr\u00e8s avoir condamn\u00e9 leurs fen\u00eatres ; pour eux, la tentation de peindre \u00abd\u2019apr\u00e8s nature\u00bb est bien mince. Aussi les contr\u00e9es blafardes que montrent leurs tableaux, peupl\u00e9es d\u2019ombres et de monstres, n\u2019imitent-elles pas la nature, mais sont inspir\u00e9es par l\u2019\u00c9tat de classe. \u00c0 Venise, il ne fut pas question de ces peintres ; \u00e0 Paris non plus, malheureusement. Ils savent pourtant ce qui aujourd\u2019hui est utile dans un tableau : chaque signe visible ou secret qui montre que le fascisme s\u2019est heurt\u00e9 dans l\u2019homme \u00e0 des barri\u00e8res tout aussi infranchissables que celles qu\u2019il a rencontr\u00e9es sur la plan\u00e8te.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Walter Benjamin \u2013 Peinture et photographieDeuxi\u00e8me lettre de Paris 1936<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0\u00bb Si l\u2019on se prom\u00e8ne \u00e0 Paris le dimanche et les jours f\u00e9ri\u00e9s, lorsque le temps est cl\u00e9ment, du c\u00f4t\u00e9 des grandes art\u00e8res de Montparnasse ou \u00e0 Montmartre, on rencontre \u00e7a et l\u00e0 des sortes de paravents, align\u00e9s les uns \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres ou bien dispos\u00e9s en petits labyrinthes, o\u00f9 sont accroch\u00e9s, pour \u00eatre &hellip; <a href=\"https:\/\/photomb.fr\/?p=2641\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;# WALTER BENJAMIN&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-2641","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-uncategorized"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/photomb.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2641","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/photomb.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/photomb.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/photomb.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/photomb.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2641"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/photomb.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2641\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2642,"href":"https:\/\/photomb.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2641\/revisions\/2642"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/photomb.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2641"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/photomb.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2641"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/photomb.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2641"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}